L’euro se rapproche de son record absolu face au dollar
LE MONDE | 19.04.07
La hausse de l’euro a connu une nouvelle accélération, mercredi 18 avril. La monnaie européenne s’est hissée jusqu’à 1,3616 dollar, à un demi-centime de son record absolu de 1,3666 dollar atteint en décembre 2004.
Silencieux depuis plusieurs semaines, des dirigeants européens ont commencé à s’exprimer sur le sujet. Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe (l’instance réunissant les ministres des finances de la zone euro), a affirmé mercredi que "les marchés ne devraient pas s’aventurer dans des paris à sens unique".
Le président du conseil italien, Romano Prodi, a pour sa part souhaité que l’euro "ne s’apprécie pas trop", en ajoutant que "l’Europe a jusqu’à présent fait preuve d’une forte flexibilité et d’endurance" pour supporter les fluctuations de sa devise.
Des propos que les experts jugent toutefois très mesurés et qu’ils expliquent par la bonne santé actuelle de la plupart des économies de la zone euro. La croissance est de retour, notamment en Allemagne, première puissance de la zone.
CRAINTES POUR LA COMPÉTITIVITÉ
Selon les chiffres publiés mardi, l’indice de l’institut ZEW, qui compile les attentes du secteur financier pour l’économie allemande, a gagné 10,7 points, à 16,5 points, au plus haut depuis dix mois. "Les chiffres d’avril montrent que les experts du secteur financier misent sur une accélération de la reprise dans les six prochains mois en Allemagne. L’amélioration surprise de la situation sur le marché du travail, qui tire la consommation privée, en est la principale raison", a noté le ZEW dans un communiqué.
Dans ce contexte, pour les instituts de conjoncture allemands, qui ont publié jeudi matin des prévisions de croissance très optimistes, la vigueur de l’euro n’est pas un sujet de préoccupation. Selon eux, le cours de la monnaie européenne devrait atteindre en 2007 une moyenne annuelle de 1,32 dollar, soit le niveau des derniers mois.
En revanche, la fédération de l’industrie mécanique (VDMA) s’inquiète des répercussions d’un euro fort sur la compétitivité des entreprises. Selon Gernot Nerb, expert auprès de l’institut IFO, l’euro fort commence à menacer la conjoncture lorsque son cours se situe entre 1,35 et 1,40 dollar.
Pour le président de la fédération de l’industrie électronique (ZVEI), un euro qui se maintient à plus de 1,35 dollar pourrait entraîner de nouvelles délocalisations. Au ministère allemand des finances enfin, on refuse de commenter la hausse, soulignant que l’euro est du ressort de la BCE.
"Il est évident que nous n’avons pas au niveau européen de véritable politique de change", a pour sa part affirmé, mardi, la présidente du Medef, Laurence Parisot.
Nicolas Sarkozy, enfin, qui exigeait il y a quelques semaines encore une modification de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), se montre aujourd’hui plus nuancé. Dans un entretien au Figaro publié mercredi, il estime qu’"il est vain de demander une réforme des statuts (de la BCE) que nous n’obtiendrons pas, parce que nous n’aurons jamais l’unanimité des pays européens sur ce point".
Cécile Calla (à Berlin) et Pierre-Antoine Delhommais