Par Henri TEMPLE, Expert international, avocat, Professeur de droit économique, Secrétaire départemental DLR 34
5 janvier 2009
1/ Le taux de chômage, qui est en constante augmentation depuis sept mois, vient de subir une flambée rapide et brutale : cent onze mille de plus de nos compatriotes, parents, voisins,
collègues, amis en deux mois (octobre et novembre) sont tombés dans cette détresse. Si ce rythme se maintient - et pourquoi baisserait-il ? - 2009 sera la catastrophe sociale que l’on
augurait depuis près de 20 ans ; un pourcentage inouï de chômeurs dans la population en âge d’activité sera dépassé, tirant notre pays vers le fond.
Dans le même temps, en octobre, l’endettement de la France a été délibérément accru de 15 milliards d’euros ce qui, au moment où le PIB national s’affaisse, fait passer à 63% (ratio morbide) le
rapport du PIB français à la dette publique.
Quand à la balance commerciale, elle demeure désespérément sous la ligne de flottaison (déficit de 76 milliards d’euros en octobre !).
2/ La France s’effondre et les Français sont submergés par l’appauvrissement.
Que ceux qui nous ont menés là où nous en serons malheureusement dans trois mois, politiciens, gourous, fonctionnaires et juges européens, en cautionnant, depuis 20 ans, cette politique
absurde, se taisent dorénavant face au désastre inévitable.
Hôpitaux dépassés par leurs missions, justice et prisons en ruines, armée sans moyens, école et université dévaluées, agriculteurs et pêcheurs désespérés, emplois industriels faillis ou
délocalisés, pouvoir d’achat en chute, prix et impôts en hausse, riches toujours plus riches, pauvres toujours plus pauvres, classes moyennes arasées…
Et toujours les mêmes discours mensongers.
Mais l’histoire s’accélère, désormais. Les mêmes causes ineptes, identifiables depuis plus de 20 ans, mais soigneusement perpétuées par les irresponsables, les cyniques, les apparatchiks, vont
conduire, dans une spirale de plus en plus rapide, aux mêmes effets, désormais catastrophiques par leur masse.
Le pire est à venir en 2009 : l’explosion du chômage et donc, presque simultanément, des budgets sociaux.
3/ En effet, un chômeur de plus, ce sont des rentrées fiscales et sociales en moins et des dépenses sociales en plus. Si l’entreprise qui l’emploie a licencié, délocalisé, réduit son activité
ou, pire, déposé le bilan, ce sont, là encore, des rentrées sociales et fiscales en moins (taxe professionnelle, I.S.). L’économie et la société finissent par basculer.
Une triple absurdité européenne vient alors aggraver, puis emballer, le phénomène.
a) D’abord – et surtout – depuis le traité de Maastricht, l’assujettissement aberrant à l’OMC et l’ouverture totale des marchés européens, y compris à des marchandises dont les conditions de
production ne respectent ni les droits politiques et sociaux, ni l’environnement, ni la protection des consommateurs, ni la propriété intellectuelle et véhiculent donc une concurrence
totalement déloyale : c’est la sinisation de l’Europe.
b) Ensuite une monnaie unique qui, tel un OGM, aurait échappé aux savants fous qui l’on conçue en dépit des mises en garde, et qui, surévaluée pour cause de taux d’intérêts excessifs, est
devenue le cheval de Troie de la concurrence asiatique. Les entreprises en sont pénalisées quatre fois :
pour emprunter afin d’investir, notamment dans la recherche et le développement ;
pour les achats des consommateurs à crédit ;
pour exporter ;
et, surtout, face aux importations abusives à bas prix, mortifères.
c) Enfin, le pacte de stabilité, avatar - tout aussi stupide que naguère - des « critères de convergence » lors de la « marche à l’euro », contraint les Etats – alors qu’il
faudrait relancer l’investissement public (infrastructures, participations dans les activités industrielles clés) – à réduire la dépense publique à proportion de la baisse du PIB et de
l’aggravation de son rapport avec le déficit et la dette.
La baisse du pouvoir d’achat des familles (hausse des prix des biens vitaux, stagnation des salaires, déjà faibles par rapport aux pays voisins), l’augmentation effrayante du nombre des
Français qui survivent dans la pauvreté (13,5% d’entre nous) sont très directement, mécaniquement, inéluctablement, la conséquence prévisible des mauvais choix effectués sous le prétexte
fallacieux de l’Europe.
4/ Mais de quelle Europe parle t-on ?
Une Europe qui nous écouterait, nous peuples, et agirait pour notre bien ? Qui défendrait nos emplois, nous rassurerait, serait puissante, indépendante et respectée, défendrait notre
santé, nos cultures, nos valeurs, notre environnement ? Une Europe référence intellectuelle et morale dans un monde déboussolé ?
Ou bien cette Europe qui nous amalgame malgré nous, nous soumet à des structures coûteuses, incompréhensibles, inefficaces, elles mêmes au service d’objectifs soit totalement abstraits ou
erronés, soit carrément alignés sur des intérêts financiers et géostratégiques qui nous sont étrangers et parfois même opposés ?
5/ Et la « crise » ?
La crise financière :
N’a pas été anticipée ni par l’Europe, ni par le FMI, ni par la Banque Mondiale, ni par la BCE.
Mais bien au contraire, facilitée.
N’a pas été réglée par le cinéma surmédiatisé de réunions à Bruxelles, qui se bornent à constater
l’absence de vues et de décisions communes, et du G20 bien décidé à sauver un système financier, monétaire et boursier non viable, mais profitable seulement à ceux qui ont la martingale.
Vient se surajouter à un dysfonctionnement chronique, depuis 20 ans, de l’organisation économique
européenne et mondiale. La crise n’a été que l’étincelle.
6/ Faut-il être, dès lors, anti-européen ?
a) Mais les anti–européens sont déjà au pouvoir ! C’est eux qu’il faut démasquer. Ils ont élucubré une Europe administrative et pour cela ont confisqué les droits des peuples. Et ils
voudraient continuer « toujours plus loin » pour « avancer, ne pas revenir en arrière » car l’ « union fait la force », « seule l’Europe peut nous sortir de
là », et autres slogans creux et infantiles.
Ces machinistes ont oublié – s’ils les ont jamais connus – le génie et la spécificité des peuples européens.
b) La refondation d’une véritable Europe se fera par ce génie et ces différences : Unir l’Europe ne peut passer par l’abolition de ses peuples.
La rendre efficace ne peut conduire à l’impotence de l’agglomérat de 27 nations, chaperonné par une Commission qui vient de faire la preuve de sa vacuité totale lors de l’accès le plus fort de
la crise (octobre - novembre). Que fait Barroso, à quoi sert-il ? Que fait Trichet, à quoi sert-il ?
Qui défend notre économie ? Sont – ce les mêmes qui, nous ayant contraint à privatiser les entreprises bénéficiaires, font maintenant les poches des contribuables pour éponger les pertes
de ces entreprises devenues déficitaires ?
Qui est capable de dire : « aujourd’hui, nous allons défendre avec acharnement les industries et les agriculteurs des nations européennes faute de quoi nous serons confrontés à un
séisme social et politique » ?
Qui dira à la Chine : « nous adapterons nos importations aux choix indispensables à la survie de notre propre industrie et aux efforts que vous ferez pour vous intégrer à
l’Humanité » ?
Qui dira à la BCE : « nous ne voulons pas crever avec une monnaie comptablement saine » ?
Qui dira aux Etats-Unis : « la monnaie, la finance, la banque, le commerce international ne vous appartiennent plus car vous les avez marqués de l’égoïsme et de l’incompétence d’une
petite côterie fermée. C’est désormais les Nations Unies qui devront être en charge de ces questions » ?
Qui dira aux peuples d’Europe : « nous vous rendons la parole, le droit de choisir votre avenir, de décider ce que nous ferons en commun, puis celui de contrôler ce qui est fait en
votre nom » ?
Or, voici que ce temps est venu.