Gaulliste indépendant, Nicolas Dupont-Aignan joue le réseau local contre une élite coupée des électeurs qui ont dit « Non » au référendum. Acharné, cet « opposant professionnel » est le poil à
gratter d'une droite en train de se réveiller.
Nicolas Dupont-Aignan à Yerres. Crédits : SL
« Vous allez peut-être me trouver frapadingue mais le peuple est avec nous ! » Malgré son sourire de petit garçon assorti à sa coupe de gendre idéal,
il ne faut pas s'y tromper :
Nicolas Dupont-Aignan est très sérieux. L'année 2007 a pourtant été difficile pour
« NDA » : privé de présidentielle faute de parrainages suffisants, seul député de
son parti,
Debout la République (DLR) élu aux dernières législatives, privé de financement par l'UMP... Il aurait plus d'une raison de déprimer.
Mais la grogne qui monte à droite, dans l'électorat comme chez les élus, est du pain béni pour lui, qui l'élève au rang de contestateur en chef du Président. Nicolas Sarkozy, NDA le connaît
depuis son entrée au RPR, en 1993. A l'époque, Sarko et sa bande le regardait déjà de travers quand il avait ravi à Karoutchi le poste stratégique de secrétaire aux Fédérations.
Aujourd'hui, Nicolas Dupont-Aignan ne pardonne pas au nouveau président de la République d'avoir déçu
« l'espoir qu'il a suscité à droite » pendant la
campagne.
« En juin 2007, il avait une légitimité fabuleuse pour remettre en cause la pensée unique sur l'Europe à Bruxelles, peste-t-il.
Mais sa vanité l'a emporté sur la raison. »
Dans sa mairie, pas un drapeau européen qu traîne. Crédits : SL
Hérault depuis plus de dix ans de la contestation d'une construction européenne qui menace, selon lui,
« la grandeur de la France » - grandeur qu'il
met en première ligne de son programme de gaulliste social-, Nicolas Dupont-Aignan profite de son indépendance pour voter contre le traité de Lisbonne, qu'il surnomme
« Le coup d'Etat simplifié ». Le 8 avril, il soutient la motion de censure, à l'inverse de
Bayrou. Regain d'intérêt des journalistes qui viennent chercher ses piques contre Sarkozy tandis qu'une poignée de députés le félicitent (discrètement) de ses interventions à la tribune.
« Nous partageons beaucoup d'idées, notamment sur l'Europe,
confie Jacques Myard, député UMP des Yvelines.
Mais il a fait l'erreur de se
marginaliser. »
Nicolas Dupont-Aignan n'est pas d'accord :
« je ne me fie pas au raisonnement de la Salle des Quatre Colonnes. L'un de mes plus gros atouts, c'est mon réseau
local. » Au moins une fois par semaine, le député-maire d'Yerres se rend en province : Lorraine, Bretagne, Centre… Cette semaine, c'est Marseille et Toulon, où il espère pouvoir
renforcer son parti qui compte un peu moins de 10 000 adhérents aux profils variés - chevènementistes, anciens RPR ou encore villiéristes - qui l'animent dans 72 départements.
Le centre névralgique de Debout la République : une petite permanence entre la gare RER de Yerres et la mairie. Crédits : SL.
Parmi eux, Dominique Farçy, retraité et bénévole qui a « levé le doigt pendant le meeting de la Maison de la Chimie en 2007 » quand Nicolas
Dupont-Aignan a demandé si certains souhaitaient se présenter aux législatives. Aujourd'hui il travaille presque à plein temps à la permanence de Yerres au milieu des milliers de tracts que
les militants envoient à travers toute la France. Ce petit local est le QG d'une propagande nerveuse alimentée par les bonnes volontés : privé des subsides de l'UMP, Debout la République
fonctionne avec 350 000 à 400 000 euros par an, en comptant les cotisations des adhérents, contre 600 000 en 2007. Une rigueur qui oblige cet « opposant
professionnel », comme se surnomme Nicolas Dupont-Aignan, à être sur le pont à plein temps, s'accordant juste de quoi profiter de sa famille et de sa ville.
Ecole Saint-Exupéry, promenade Barbara, Cinéma Paradiso… A Yerres, « NDA » a marqué la ville de ses goûts. Faites le tour de la bâtisse rococo de la mairie, fouillez-en les couloirs et
retournez chacune des chaises, vous n'y trouverez pas un seul drapeau européen !
Envoyé un peu par hasard dans cette commune des Yvelines pour se présenter contre un maire socialiste réputé imbattable, il est élu dès le premier tour en 1995. « Mon premier miracle », confie-t-il. Le second fut son élection comme député en 1997, au second tour cette fois et d'une courte tête (50,4%).
En 2008, NDA est le maire le mieux élu de France. Crédits : SL
Depuis, il gère sa municipalité avec l'expérience acquise comme conseiller technique à la politique de la ville entre 1993 et 1995 chez François Bayrou puis Michel Barnier. En 2008, il est le
maire le mieux élu de France, avec 78% des suffrages exprimés au premier tour.
Il préfère de loin la gestion de sa ville aux intrigues de parti. Ses premiers problèmes avec le RPR remontent à 1999, quand il s'oppose au traité d'Amsterdam - attitude jugée par ses
coreligionnaires indigne du secrétaire national qu'il est alors. Toujours au sein du parti, il soutient la liste Pasqua-Villiers aux élections européennes et devient secrétaire général
adjoint de leur Rassemblement pour la France. L'aventure se termine au bout de trois mois et il revient au RPR,
« la queue basse, pour assister au
détricotage du parti gaulliste », se souvient-il.
Gaulliste : il défend bec et ongles cet adjectif que l'UMP lui dénie. Il faut dire que ses positions eurosceptiques lui attirent
des voisinages un peu sulfureux.
« Je suis un républicain,
insiste-t-il.
Je ne veux pas être amalgamé avec le souverainisme ringard de Villiers : je suis un progressiste ! »
Philippe de Villiers, lui, aimerait bien capter la nouvelle aura du président de Debout la République : « Nicolas Dupont-Aignan fait le même bon constat que nous sur l'impossibilité de faire
de la politique en France quand tout se décide à Bruxelles », explique
Patrick Louis, député européen MPF. Paul-Marie Coûteaux espère aussi ce rapprochement qu'il
tente de favoriser en vue des élections européennes de 2009.
Bref, Nicolas Dupont-Aignan n'a jamais été aussi courtisé mais il préférerait choisir ses prétendants. Son objectif est simple :
« survivre jusqu'en 2012.
» « Aujourd'hui, je ne vois personne qui veuille reprendre le flambeau de mes idées », déplore-t-il. Un avis que partage François-Xavier
Vilain, député-maire de Cambrai affilié à DLR :
« Je me retrouve dans ce qu'il exprime et il est le seul à porter ces idées-là sur l'Europe à droite. Les
électeurs commencent à le connaître ! », ajoute-t-il.
« Sincère » pour beaucoup, il est, pour un journaliste qui l'a suivi toute la campagne
durant,
« trop gentil. » Mais, de l'avis général, c'est un véritable acharné.
Sa motivation ? Des pères de famille qui l'encouragent à la sortie de la boucherie. Pour lui, le non au référendum sur le TCE a été le signal :
« on a une
élite d'abandon qui n'aime plus le peuple et vous voudriez que je travaille avec cette élite ? » Qu'il se rassure : cette élite n'a pas l'intention de lui proposer le moindre job. Face
à un Président qui remet en cause la laïcité, réintègre l'Otan ou reste passif face à l'euro fort, NDA voit venir la révolte.
« Ca va finir dans la rue,
toute l'histoire est faite de ça, dit-il d'un air d'évidence.
Il y aura besoin d'une recomposition politique et j'espère modestement pouvoir y
participer. » Pour l'instant, Nicolas Dupont-Aignan organise la résistance. Seul.
Mercredi 23 Avril 2008 - 01:28
En cette période de fin d'année et de fêtes, il nous arrive de fréquenter plus souvent les salles obscures. L'autre jour, accompagnant mes filles au cinéma, en visionnant un Obelix et Astérix,
je me suis posé la question suivante : « Astérix est-il gaulliste ? ».
Asterix y croit-il ?
Des livres sérieux sur les héros de Uderzo et Goscinny sont parus récemment en librairie. Je suis surpris que des universitaires se penchent sur le contenu réel du message délivré par les
célèbres bulles francophones.
La thèse de Rouvière (1) est que le monde d'Astérix, entre le village gaulois, l'hégémonisme romain et les poussées barbares transfigure trois formes du politique : démocratique, absolutiste,
autoritaire.
César, incarnerait le pouvoir aristocratique. Face à lui, les Goths et les Normands symboliseraient le contre modèle caricatural où l'individu serait sacrifié au nom d'un collectif illusoire
qui ne travaillerait qu'au service d'un seul chef. Enfin, dans notre village gaulois, s'épanouirait la démocratie, un peu cacophonique mais dans lequel les pouvoirs sont séparés et où
l'individu ne serait pas étouffé par les tentations plébiscitaires modernes ni par un individualisme pernicieux.
Pour penser les séquelles de la guerre, le Général de Gaulle voulait fédérer les Français autour de l'idée de réconciliation nationale. Les aventures de nos deux héros
gaulois participent à la mise ne modèle de la mémoire collective où la résistance serait devenue une vertu nationale : comme l'écrit Nicolas Rouvière « les habitants du village gaulois sont
les représentants du pays authentique, celui qui résiste en toutes circonstances à l'oppression. La vraie Gaule en laquelle chacun peut se reconnaître, c'est le village. Et puisque ce dernier
résiste toujours à l'envahisseur, l'honneur est sauf. »
Astérix a donc regonflé le moral des Français dépités et divisés.
L'auteur va même plus loin en expliquant que la célèbre BD fut un formidable ambassadeur de la politique étrangère gaulliste. La position antiaméricaine de de Gaulle ressemble
étrangement à la lutte contre l'impérialisme romain. Le « Rome sweet home » du chef gallo-romain vendu aux idées impérialistes, dans le combat des chefs, participe au combat gaullien
pour l'indépendance nationale. En fait une simple bulle fait autant que de longs discours emphatiques et creux.
Les voyages en Europe d'Astérix finissent toujours par un pacte d'amitié entre les peuples nous rappelant étrangement les relations étroites que de Gaulle et le chancelier allemand Adenauer
ont nouées entre la France et l'Allemagne, les anciens ennemis.
Dans les différentes BD, dans leur évolution au fil des années, le politique cède le pas au pouvoir technocratique, la société se faisant de plus en plus individualiste. Le village d'Uderzo
et Goscinny se transforme en lieu de résistance contre ces tentations modernes. L'album le domaine des dieux qui caricature la création de la ville de Praly II dénonce un monde qui renie la
puissance de ses symboles au profit des valeurs marchandes. Un menhir n'a vraiment pas de prix. L'Armorique devient un parc d'attractions.
Astérix annonce aussi les grandes les grandes évolutions de la société : le conflit entre les générations incarné par Goudurix dans Astérix et les Normands. De la même manière, si de Gaulle
se méfiait d'un pouvoir politique noyauté par les énarques, les célèbres dessinateurs ont dénoncé l'avènement d'un marketing politique et technocratique.
Il ne faudrait pas commettre l'erreur d'un Astérix qui doit succès au seul réflexe nostalgique et identitaire alors qu'il est porteur d'un message humaniste. Il reste le pourfendeur d'un
ethnocentrisme dangereux, il défend une exception humaniste face à un modèle social de plus en plus globalisant et déroutant.
L'humanisme est vraiment une idée fixe chez Astérix.
par jb089
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